MESURER LA LUMIERE
 
 
 
 
 

Comment réussir ses photos avec
une mesure matricielle

Depuis le milieu des années 80, la marque Nikon a développé un procédé nommé "mesure matricielle", consistant à prendre la lumière sur plusieurs zones de l'image et à proposer automatiquement un équilibre.

Dans le cas général, la mesure matricielle permet d'équilibrer les ombres et les lumières de façon très satifsfaisante. Elle fonctionne dans 95% des cas courants, surtout avec un film négatif dont la tolérance est beaucoup plus grande que celle de l'exposition. La mesure matricielle Nikon fait surtout merveille quand l'image est composée de segments de densités et couleurs différentes, ce qui la rend très confortable en reportage.

Dans les deux exemples ci-dessous (Carnaval) le Nikon F100 était équipé d'un 35 mm f2 AF, le film était de l'Ekta Pro 100 VS afin d'obtenir des images passant bien en projection. Par ailleurs le boîtier est toujours calé à -0,3 IL pour de la diapo et à 0 pour du négatif. Les exemples sont bruts de scan, aucune correction n'a été apportée avant compression de l'image.
 

La mesure matricielle permet d'obtenir des vues équilibrées sur des sujets très divers, à condition de savoir à l'avance qu'elle va fournir des photos qui peuvent manquer "d'effet". Si les diapos doivent être projetées, par exemple, il est conseille soit de choisir par défaut un film saturé (Kodak Elite Extra Colour ou Ekta 100VS, Fuji Sensia). Si elles sont destinées à un traitement en chaîne numémrique (scan et tirage) la neutralité de la mesure matricielle, associée à un film neutre (Kodak Elite 100, Fuji Provia 100F) permettra d'exploiter tous les réglages (il est beaucoup plus facile d'assombrir une image au tirage que de l'éclaircir).  Les deux exemples qui suivent ont été pris sur Elite 100, Nikon F100, 85 mm f1,8 AFD. La vue crépusculaire a été prise depuis une voiture en marche, autour du 60ème de seconde à pleine ouverture.
 
 

Il est évident que ces images, si les conditions de prise de vue avaient été idéales, auraient pu être corrigées à la prise de vue pour obtenir un effet plus accentué. Ainsi, on aurait pu souhaiter éckaircir la dalle (en réalité, de ciment gris meutre, peut-être à 18%) pour contraster avec les jambes et le manteau. on aurait alors perdu de la finesse sur le poil des chiens. De même, au crépuscule, on peut choisir, face à un tel écart de lumière, de saturer le ciel en noircissant la route ou d'éclaicir la route en sacrifiant le ciel. En l'occurrence, la mesure matricielle a choisi un compromis très proche de l'impression au moment de la prise de vue, "entre chien et loup".

La mesure matricielle est parfois critiquée en portrait et en contre jour. Avec une optique AFD et les derniers modèles de boîtiers Nikon, une correction se produit automatiquement en suivi dynamique AF. Si la vue de gauche (Ekta 100 VS) était assez statique (l'enjeu était de rendre sans correction le noir, le balnc, le rouge vif...sans sacrifier ls tons chairs avec soleil de face sur le modèle) celle de droite est en contre jour sur un sujet en mouvement (ma fille courait) et la mesure s'est équilibrée sur le point de netteté (85 mm AFD sur Nikon F100, Elite 100). Le fait d'éclaircir automatiquement les contre jours est un atout incontestable de la matricielle Nikon (quelle supériorité sur les touches contre jour +1IL des années 80) mais quand on veut faire un effet de silhouette...il faut corriger.
 
 

Dans des cas réputés difficiles à exposer, la matricielle Nikon assure le plus souvent un résultat très équilibré et plaisant, même si le système de mesure ne remplace pas le choix du photographe. Pour des photos de neige, par exemple, il est souvent conseillé dans les articles destinés à l'initiation des débutants de corriger son exposition.Il est est de même pour les photos qui intègrent le soleil...couchant ou pas...en face.

Pour des sujets délicats, beaucoup de photographes vous expliqueront qu'ils ne font pas confiance à l'appareil et qu'ils corrigent...Pourtant, ils corrigent bien à partir d'une mesure par appareil...auquel il ne font pas confiance. Paradoxe !
En fait, quand on connapît bien la mesure matricielle, il existe très peu de cas dans lesquels il est nécessaire de corriger.
Les images qui suivent le montrent, elles ont été prises sans aucune correction avec un Nikon F60 sur du film JKodak Elite Extra Colour, naturellement saturé. L'appareil était calé à -0,5 IL, puisque les essais ont montré qu'il surexposait régulièrement de 0,5 (parfait pour le négatif, délicat pour de la diapo destinée à être projetée !

Photos de neige:

Il est souvent expliqué aux débutants que pour réussir des photos de neige, il faut mesurer la lumière sur la neige et surexposer de deux diaphragmmes...Peu clair pour le débutant qui risque tout simplement de corriger l'exposition de son appareil de 2 en surexposition, et de devoir mettre à la poubelle ses diapos de neige au retour des vacances. Ce conseil ne vaut que si l'on mesure la neige avec la mesure "spot" de l'appareil (quand il en a) et que l'on corrige manuellement l'exposition. Fastidieux, non, surtout quand on est sur des skis?

Ci-dessous les images ont été prises en mode automatique, mesure matricielle, avec un zoom Nikon 24-120. La photo de gauche présente un certain équilibre entre la neige, les arbres et le ciel. L'éclairage venait de trois quarts face à gauche. L'image de droite prise en fin d'après midi, sous un ciel bas (il tombait de la neige fondue) est détaillée jusqu'à la brume dans le lointain. La route mouillée était noire de pluie. Que pensez vous de l'automatisme intégral?
 

Les images qui suivent ont été prises avec le même matériel, sans correction, et présentent un rendu équilibré bien que les conditions soient plus délicates. Pour l'image de gauche, éclaircir trop la neige aurait conduit à éclaircir le ciel et perdre le volume des bois et de la montagne à l'arrière plan. A droite, le toit occulte le soleil qui était en contre jour franc (voir l'ombre du skieur). La mesure matricielle a également permis d'obtenir une vie équilibrée, bien que la numérisation ne permette pas de rendre compte de la luminisoté très forte de la diapositive.
 

Dans une église....

Prises de vues, en novembre 1999, dans une église où les rayons du soleil couchant passaient à travers les vitraux. ce type d'éclairage induit de très hauts contrastes. Classiquement, pour des diapositives, il faut se garder que la zone la plus éclairée (le pilier de gauche sur la photo très sombre, le reflet sur la voute à droite) soit totalement transparente. Difficile à dire, mais il faut que le blanc ne soit pas "percé". Par contre les masses les plus sombres doivent être noires.

Mesure matricielle, exposition automatique avec un Nikon F60, 50mm AF f1,8, Kodak Elite ExtraColour.
 

La même difficulté se présentait ci-dessous, et de surcroît les bougies devaient se détacher sur le mur du fond. Exposition automatique, mesure accomplie, non ?
 
 


 

La mesure matricielle en reportage

L'apport des automatismes est très grand quand on ne dispose que de peu de temps pour faire des images. Là, alors que je n'avais avec moi qu'un F90 équipé du 24 mm AF 2.8, je vois quelques voitures anciennes sur la place du village. Sauf pour la Floride blanche...un peu dense (mais en projection c'est toujours mieux que trop claire, n'est ce pas) la mesure matricielle ne s'est guère "posé la question" de la mesure d'exposition sur une voiture noire...ou blanche. De plus, vers 18 heures, le soleil jouait avec les nuages. Un côté de la place (derrière la Chambord et la Floride) était dans l'ombre, l'autre côté au soleil (derrière la 4 cv). On note enfin de l'ombre à gauche des Citroën (traction noire comme C6 crème) et du soleil à droite.
Pourquoi se poser de graves questions quand on sait que la matricielle sortira un résultat correct....même si la perfection aurait consisté à corriger de +0,5 Il la Floride...et de -0,5 Il la 4 cv.

Séquence réalisée en cinq minutes, sur Fuji Sensia II 100 iso...après, les voitures sont parties !



 

Comment réussir ses photos
avec une mesure SPOT

Beaucoup de photographes experts préconisent d'utiliser en priorité la mesure "spot", c'est à dire d'évaluer la lumière à partir d'une étroite portion de l'image, matérialisée dans le viseur par une très faible zone au centre. Les appareils reflex "haut de gamme" ou professionnels comportent le plus souvent cette mesure, de même par exemple que le Leica M6 qui ne dispose que de la mesure spot. Le principe de cette mesure est simple: la zone gris neutre (dit gris à 18% sur la charte Kodak) qui serait mesuré à cet endroit doit se traduire par un gris de même valeur sur l'image.

Cependant, cette technique particulière impose, en noir et blanc, de bien choisir la zone (colorée dans la réalité, bien entendu) que l'on veut voir transformée en gris neutre, et en couleur d'imaginer la zone colorée que m'on veut voire rendue par une teinte neutre. Si l'on effectue la mesure sur une zone blanche, celle-ci deviendra grise sur l'image, en noir et blanc comme en couleur. De même, l'appareil interprétera la mesure effectuée sur une zone noire comme le désir de voir ce noir transformé en gris neutre.

A partir de ces notions, toutes les interprétations peuvent être tentées: soit l'on se sert de la mesure spot pour évaluer les écarts de luminosité des différentes parties de la scène, et on décide de privilégier telle ou telle zone. Des calculs (de moyenne, ou privilégiant les hautes ou basses lumières) permettront d'imaginer le rendu final de l'image.
Soit on mémorise (par la touche ad-hoc de certains appareils, ou par réglage manuel) la zone que l'on veut "gris neutre", ou "couleur de même densité que le gris neutre" sur l'image. Cette technique, présentée ci-dessous par deux exemples, permet de gérer par exemple des effets de transparence en contre jour. Elle très utile en macro-photographie. Sur l'image de gauche, ma mesure a été mémorisée sur la feuille transparente, jaune vert au centre. Sur l'image de droite, la mesure a été prise sur le coeur de la fleur. Dans les deux cas, avec un film diapositiv Fuji Sensia II 100 iso, on obtient des images très transparentes et lumineuses alors qu'une mesure matricielle aurait tenu compte du fond, qui n'est pas le sujet principal.
 
 

La mesure spot peut aussi servir à sélectionner une zone de haute lumière, que l'on souhaite saturer, afin que la diapositive soit très dense et rende un effet "claquant" en projection. C'est une méthode rapide mais à haut risque pour être certain d'avoir des images que l'on nommait autrefois "à l'allemande...sous ex de 1 diaph"...voire proches des rendus souvent observés dans la revue National Géographic dont les photos sont presque toujours très saturées.

Cependant, à éclairage identique (ce qui pourrait être facilement établi en faisant la mesure sur une "charte de gris") la mesure spot ne donnera pas le même rendu selon la couleur de base de l'image.
Le tableau ci-dessous présente des exemples. Les images "spot" sont à gauche, elles ont été prises selon la technique de la mémorisation en mode automatique priorité diaphragmme. Les images matricielles sont à droite, elles ont été prises en automatisme intégral sans correction. Pour ce test, un Nikon F100 a été utilisé, avec un Micro Nikkor de 60 mm réglé à f 5,6.
Les vues de fleurs ont été alternées, sur le même film. Les vues de fenêtre ont été faites "à cheval" entre deux films, mais les développements ont eu lieu simultanément. Toutes les vues ont été scannées avec le même réglage de base, sans correction par logiciel de retouche.
- pour les fleurs roses, la différence est peu importante, le fond étant plus sombre avec la mesure spot.
- pour les fleurs jaunes, les pétales clairs ont plus de saturation, mais les verts perdent leur éclat, alors qu'il s'agit de feuilles "de printemps" assez claires.
- pour la fenêtre la mesure a été faite sur la bordure blanche, très foncée à l'image. Mais le volet a basculé en sous-exposition très marquée, alors que la vue en matricielle reste équilibrée.

<SPOT                                MATRICIELLE>


Certes, plusieurs "trucs" sont conseillés aux amateurs, mais ils sont malaisés d'usage et impliquent un temps de réflexion devant chaque image, qui est un frain à la spontanéité. Ainsi, est-il conseillé, surtout avec les modèles ne disposant que de la mesure spot, et en l'absence de gris (ci-dessus, une mesure optimale aurait consisté à mesurer, non l'encadrement de la fenêtre....mais le rideau) de surexposer d'un diaphragmme si le blanc est...norlamement blanc, et de deux si le blanc est très intense (neige au soleil). Sachant que pour des sujets courants l'appréciation du blanc intense ou très intense sera souvent de nature "pifométrique", la sagesse et la sécurité incitent à utiliser plutôt la mesure matricielle pour les cas courants, et à réserver la mesure spot pour des images très travaillées...

La mesure spot est délicate à manier parce qu'il faut imaginer une plage de couleur (la plage de référence que l'on va mémoriser) comme une plage grise à 18%. Les exemples qui suivent ont été réalisés spécialement pour cette rubrique technique, et compte tenu de discussions souvent passionnées recontrées sur le site PHOTIM.com (journal "Chasseurs d'Images").

L'image de référence fait partie des "pièges" qui guettent tout photographe: un contre jour violent avec un ciel presque blenc, un batiment tout en nuance de gris (depuis un blanc passé jusqu'à un toit d'ardoises), pris depuis un intérieur peu éclairé, agrémenté d'un reflet dans une vitre...époruvant.

L'image de base a été mesurée en matricielle Nikon (boitier F90, objectif AF 35 mm f2 ouvert ici à f 8) sur une dia Fuji Sensia II 100 Iso, traitée chez Fuji. Les scans n'ont fait lo'ibhet d'aucune correction. Vous pouvez voir les différences de rendu selon l'endroit de l'image traitée en spot (avec mémorisation de l'exposition).
 
 
 
 
Matricielle: 125ème/f 8
Spot mur blanc: 250ème/f 8
Spot toit au soleil : 500ème/f 8
Spot ciel: 2000ème/ f 8
Spot toit à l'ombre (à gauche): 60ème/ f 8
Spot sur la fenêtre: 30ème/f 8

Les mesures montrent un écart de luminosité de....6 diaphragmes selon la zone mesurée. Dans la pratique, la mesure matricielle donne bien l'impression ressentie à la prise de vue...et est parfaitement tirable sur papier. Mais en projection, l'image prise en spot sur le mur blanc (qui n'est plus vraiment blanc de ce fait) passe mieux...si l'on utilise un projecteur très lumineux (lampe de 250 watts et objectif ouvert à f 2,5). Une correction de la vue "matricielle" avec 0,5 Il de moins, afin de saturer un peu en vue de la projection, aurait donné une exposition autour du 200ème, et un rendu proche. Mais cette prise de vue n'était pas destinée à la projection...mais à un test !

La prise de la lumière sur le toit ensoleillé (gris ardoise très brillant au soleil) tue le reflet dans la vitre. Une mesure sur le ciel est l'erreur fatale à ne pas commettre: il est saturé comme lors de l'utilisation d'un polarisant...mais le reste de l'image est mort !
Enfin éclaircir les ombres (spot sur l'ombre du toit, ou pire sur la fenêtre, éclaire le reflet mais détruit le reste de l'image: trop clair, impossible à passer en projection.

Le spot s'utilise donc avec...précautions !

Pour créer des effets particuliers, il suffit de sélectionner la zone recherchée...mais là aussi, l'exercice est risqué.
La vue ci-dessous a été prise en matricielle, l'appareil a fait tout seul ce qui lui semblait équilibré: (24 mm, f 5,6)






En mesure spot, on peut sélectionner le côté du pont au soleil (on ggne en saturation) ou celui qui est à l'ombre...jugez vous-même du danger d'une correction "spot" trop brutale.
 
 
 



 
 

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Vous trouverez des conseils liés au numérique dans le
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